Les herbiers marins du Grand Cul-de-Sac Marin

En masque et tuba, la première fois, on cherche le corail. Puis on remarque ces grandes étendues vertes qui ondulent sur le fond. On passe souvent dessus sans y faire attention. Ce sont les herbiers, et sans eux, le lagon ne serait pas le même.

Non, ce ne sont pas des algues

C’est l’erreur la plus courante à bord. Les herbiers sont de vraies plantes, avec des racines, des feuilles, et même des fleurs. Elles ont simplement choisi de vivre sous la mer. Dans les eaux du Parc national, on en connaît quatre espèces. La star, c’est Thalassia testudinum, l’« herbe à tortue », avec ses feuilles longues et plates comme des rubans. On en trouve du ras de la surface jusqu’à une trentaine de mètres de fond.

Leur rôle dans le lagon

Ces prairies discrètes font un travail énorme. Les poissons viennent y pondre, et leurs petits y grandissent à l’abri. Elles fabriquent de l’oxygène en quantité. Leurs racines tiennent le sable, si bien que l’eau reste claire et que les courants ralentissent. Et comme la mangrove, elles stockent du carbone dans le fond.

Tortue marine nageant près du fond, une rencontre possible en snorkeling en Guadeloupe

Les habitués des herbiers

La tortue verte (Chelonia mydas) vient y brouter les jeunes feuilles de Thalassia. Si vous en croisez une pendant le snorkeling, il y a de bonnes chances que ce soit au-dessus d’un herbier.

Le lambi traîne aussi par là, tout comme les poissons chirurgiens. Eux grignotent les minuscules algues collées aux feuilles. Les oursins font pareil, l’oursin diadème comme l’oursin blanc, même si ce dernier se fait rare d’après le Parc.

Il manque pourtant un habitué, et pas des moindres : le lamantin. Imaginez une grosse bête paisible qui engloutit entre 30 et 50 kg d’herbes par jour. Chassé, braconné, privé de son milieu, il avait quitté nos eaux au début du XXe siècle.

Alors forcément, en juillet 2025, quand une femelle a été aperçue dans la baie du Moule, on en a beaucoup parlé. Elle s’appelait Taicaraya. Elle venait de Porto Rico, où elle avait été relâchée en janvier 2025, équipée d’une balise. On l’a revue de temps en temps, pas très souvent, la dernière fois le 10 décembre. Le 2 janvier 2026, elle a malheureusement été retrouvée morte dans la mangrove du Moule. La nécropsie n’a pas permis de dire de quoi elle était morte.

Triste fin, mais l’histoire laisse un petit espoir : les lamantins sont observés de plus en plus souvent dans l’arc antillais. Guadeloupe La 1ère a suivi toute l’histoire : son arrivée au Moule, la découverte de son corps, les résultats de la nécropsie et les observations en hausse dans les Antilles.

Pour faire connaissance avec tous ces animaux, voyez notre page faune du Grand Cul-de-Sac Marin.

Ce qui les abîme

Les cyclones, d’abord, qui arrachent et ensablent des prairies entières. Puis tout ce que fait l’homme sur le littoral : remblais, sable prélevé, pollution. Il y a aussi les ancres, qui labourent le fond à chaque mouillage. Et depuis quelques années, une plante venue de la mer Rouge, Halophila stipulacea, gagne du terrain dans les eaux antillaises au détriment des espèces d’ici.

Ce qu’on fait pour eux

Les ancres, justement : c’est pour ça qu’elles sont interdites en cœur de parc, où l’on s’amarre sur les bouées du Parc. Hors cœur de parc, quand on doit mouiller, on vise le sable, jamais l’herbier. Et quand les passagers descendent du bateau, ils marchent sur le sable.

Les voir de près

Pendant les mises à l’eau de notre excursion lagon et mangrove, vous survolez des herbiers peu profonds. Gardez les yeux ouverts : c’est souvent là qu’une tortue vient brouter. Rien n’est garanti, ce sont des animaux sauvages, et c’est aussi ce qui rend la rencontre si belle.

Pour aller plus loin : notre page Grand Cul-de-Sac Marin, et la fiche herbiers du Parc national.